Vous venez d'acheter un ordinateur à 1 200 €, un véhicule utilitaire ou un logiciel de gestion pour votre activité : faut-il déduire la totalité du coût immédiatement ou l'étaler sur plusieurs années ? Cette question, de nombreux dirigeants se la posent sans toujours trouver de réponse claire. L'amortissement comptable d'un bien professionnel consiste précisément à répartir le coût d'un actif sur sa durée d'utilisation, afin de refléter sa perte de valeur progressive. C'est une charge dite « non décaissée » : elle ne génère aucune sortie de trésorerie supplémentaire, mais réduit votre bénéfice imposable. Chez Solut' Expert, cabinet d'expertise comptable à Beauvais, nous accompagnons chaque jour des entrepreneurs dans la mise en place de plans d'amortissement rigoureux — voici un tutoriel en quatre étapes pour vous y retrouver.
Pour qu'un bien puisse être amorti, trois conditions cumulatives doivent être réunies : il doit être inscrit à l'actif immobilisé de l'entreprise, être utilisé durablement (plus d'un an) et se déprécier de manière irréversible du fait de l'usage, du temps ou de l'obsolescence. C'est ce que prévoit l'article 39 du Code général des impôts. La bonne qualification des biens est un enjeu clé lorsque l'on cherche à évaluer combien coûte réellement un investissement, car elle détermine le rythme de la déduction fiscale et, par conséquent, le prix net supporté par l'entreprise.
En pratique, l'administration fiscale admet la déduction immédiate en charges des biens d'une valeur unitaire inférieure à 500 € HT (seuil dit « de minimis »). Au-delà de ce montant, si le bien est destiné à servir durablement, l'immobilisation et l'amortissement s'imposent. Confondre une charge immédiate avec une immobilisation constitue l'une des erreurs les plus fréquentes relevées lors des contrôles fiscaux. La mise en place d'une comptabilité rigoureuse, au même titre que la rédaction de contrats de travail conformes à Beauvais, fait partie des fondamentaux que tout employeur doit sécuriser dès le démarrage de son activité.
Voici les durées fiscales indicatives les plus couramment admises par catégorie :
Un cas particulier mérite votre attention : les logiciels en mode SaaS (abonnements cloud). Depuis le règlement ANC 2023-05, applicable au 1er janvier 2024, ces abonnements sont traités comme des charges et non comme des immobilisations, car l'entreprise ne contrôle pas réellement le logiciel. Par ailleurs, l'ancien dispositif d'amortissement exceptionnel des logiciels sur 12 mois a été supprimé ; la règle impose désormais un alignement sur la durée réelle d'usage.
Pour un logiciel développé en interne, les règles diffèrent sensiblement. Les dépenses engagées pendant la phase de développement s'inscrivent au compte 232 « Immobilisations incorporelles en cours » et ne sont pas amortissables tant que le logiciel n'est pas achevé. À l'achèvement, les coûts sont transférés au compte 2052 et l'amortissement démarre (durée recommandée : 5 ans maximum). Seuls les coûts de la phase de développement peuvent être immobilisés ; les frais de recherche préalable et d'études doivent obligatoirement être passés en charges. Les abonnements SaaS et licences cloud, quant à eux, ne peuvent en aucun cas être immobilisés, quelle que soit leur durée d'utilisation.
À noter : l'amortissement par composants est obligatoire pour les bâtiments et les actifs complexes depuis le règlement CRC n°2002-10 (intégré au PCG, art. 311-2). Chaque élément constitutif doit être valorisé et amorti séparément selon sa durée propre : structure et gros œuvre 40 à 80 ans, menuiseries extérieures 20 à 30 ans, chauffage 15 à 25 ans, étanchéité et toiture 15 à 25 ans, agencements intérieurs et revêtements 10 à 15 ans. Appliquer une durée unique à un bâtiment sans ventiler les composants constitue une irrégularité comptable susceptible d'être remise en cause lors d'un contrôle fiscal.
Tous les actifs ne se déprécient pas de façon irréversible. Les terrains, par exemple, ne sont jamais amortissables : lors de l'acquisition d'un bien immobilier, vous devez impérativement ventiler le prix entre le compte 211 (terrain) et le compte 213 (construction amortissable). Cette distinction a un impact direct sur le montant de vos déductions et, in fine, sur le coût fiscal réel de votre investissement immobilier.
Le fonds de commerce est lui aussi non amortissable par principe, sauf si vous bénéficiez du régime dérogatoire applicable aux fonds acquis entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2029. Les marques et les œuvres d'art entrent également dans la catégorie des biens non amortissables.
Le conseil pratique à retenir est simple : toute dépense portant sur un bien durable, d'une valeur supérieure à 500 € HT et utilisé sur plus d'un exercice, doit être inscrite à l'actif. Ne la passez jamais directement en charge sous peine de redressement.
La méthode linéaire est la plus répandue. Son principe est limpide : le coût du bien est réparti de manière égale sur toute la durée d'utilisation. La formule est la suivante : taux annuel = 100 ÷ durée en années, et la dotation annuelle = base amortissable × taux.
Prenons un exemple concret. Vous achetez du mobilier pour 12 000 € HT, amorti sur 5 ans. Le taux linéaire est de 20 %, soit une dotation annuelle de 2 400 €. Si l'acquisition intervient le 1er avril, la première année ne couvre que 9 mois : la dotation est alors proratisée à 2 400 × 9/12 = 1 800 €. Attention, le point de départ est la date de mise en service du bien, et non la date de la facture ni celle du paiement. Un matériel acheté en décembre mais installé en janvier ne sera amortissable qu'à compter de janvier. Toutefois, cette règle comporte une exception importante pour les logiciels acquis : selon la réforme ANC 2023-05, un logiciel acquis est amorti dès sa date d'acquisition et non dès sa mise en service effective — un décalage à ne pas négliger dans le calcul du coût fiscal de l'exercice.
L'amortissement dégressif permet de constater des dotations plus élevées les premières années, en appliquant le taux non pas à la valeur d'origine mais à la valeur nette comptable (VNC) résiduelle. Ce mécanisme est particulièrement avantageux pour le matériel informatique et les machines à obsolescence rapide.
Toutefois, des conditions strictes s'appliquent : le bien doit être neuf, sa durée d'utilisation doit atteindre au moins 3 ans, et certaines catégories sont exclues — notamment les voitures de tourisme, les camionnettes, le matériel commercial et les escalators. À l'inverse, sont expressément admis au dégressif : les ordinateurs et équipements informatiques, les véhicules de transport en commun de personnes, les équipements de protection contre le vol, les cuves, fours et réservoirs industriels, ainsi que les machines à commande numérique. Les coefficients légaux sont fixés comme suit : ×1,25 pour une durée de 3 ou 4 ans, ×1,75 pour 5 ou 6 ans, et ×2,25 au-delà de 6 ans.
Illustrons ce calcul. Un équipement industriel neuf coûte 10 000 € et est amorti sur 5 ans. Le taux linéaire de 20 % est multiplié par 1,75, soit un taux dégressif de 35 %. La première année, la dotation atteint 3 500 € (contre 2 000 € en linéaire), ce qui représente une économie d'impôt immédiate. Lorsque l'annuité dégressive devient inférieure à l'annuité linéaire calculée sur la durée résiduelle, le basculement vers le linéaire se fait automatiquement. Notez que pour le dégressif, le prorata de la première année se calcule en mois, et non en jours.
Conseil : le dégressif sur les bâtiments est interdit pour les immeubles d'habitation et les locaux professionnels standards ; il ne s'applique qu'à des cas très spécifiques comme les bâtiments d'exploitation hôtelière directe. Par ailleurs, plus les amortissements pratiqués ont été élevés (notamment via le dégressif), plus la VNC est faible et plus la plus-value de cession sera importante en cas de revente — cet « effet retour de bâton fiscal » doit être anticipé dès le choix de la méthode pour évaluer le coût global réel de l'opération.
Le suramortissement fiscal est une déduction extra-comptable supplémentaire qui s'ajoute à l'amortissement classique, sans modifier la durée ni les écritures comptables. Pour un bien de 20 000 € amorti sur 5 ans en linéaire, un suramortissement de 40 % porte la déduction annuelle de 4 000 € à 5 600 €, soit 1 600 € de déduction supplémentaire par an. En matière de véhicules peu polluants (article 39 decies A du CGI, loi de finances 2025), le dispositif s'applique aux acquisitions de véhicules utilitaires électriques ou hydrogène réalisées entre le 1er janvier 2025 et le 31 décembre 2030, avec des taux pouvant atteindre 115 % du surcoût par rapport à un véhicule thermique équivalent. Ces dispositifs sont réservés aux entreprises soumises à l'IS ou à l'IR au régime réel ; les biens doivent être neufs et éligibles au dégressif (durée ≥ 3 ans).
L'amortissement comptable d'un bien professionnel de type véhicule de tourisme obéit à des règles spécifiques souvent méconnues. La loi plafonne la base fiscalement déductible selon les émissions de CO₂ du véhicule : 30 000 € pour un véhicule électrique (moins de 20 g/km), 20 300 € entre 20 et 49 g/km, 18 300 € entre 50 et 160 g/km, et seulement 9 900 € au-delà de 135 g/km.
Concrètement, si votre voiture coûte 30 000 € TTC et émet entre 50 et 160 g/km de CO₂, seuls 18 300 € seront déductibles. Sur 5 ans, cela représente 3 660 €/an au lieu de 6 000 €/an. L'écart de 2 340 € par an constitue une réintégration extra-comptable à déclarer chaque année dans le tableau 2058-A de la liasse fiscale. De plus, la TVA n'est pas déductible sur un véhicule de tourisme : l'amortissement se calcule donc sur le prix TTC.
Pour optimiser le coût fiscal, deux pistes méritent votre attention : privilégier un véhicule électrique (plafond à 30 000 €) ou opter pour un utilitaire, qui ne subit aucun plafonnement. Sont considérés comme utilitaires au sens fiscal : les fourgons, camionnettes et véhicules sans banquette arrière (type Berlingo utilitaire, Transit, etc.). Ces véhicules ouvrent également droit à la déduction de la TVA sur le prix d'achat, contrairement aux véhicules de tourisme. Attention : un véhicule présenté comme « utilitaire » mais équipé d'une banquette arrière peut être requalifié en voiture de tourisme par l'administration. Autre astuce : pour un véhicule électrique, faire facturer la batterie séparément permet de l'amortir intégralement, sans plafond, et peut générer une économie de plusieurs milliers d'euros d'impôt.
Exemple : Hélène Marcigny, artisan fleuriste à Beauvais, hésite entre un Citroën Berlingo de tourisme (5 places, 130 g/km de CO₂) à 28 000 € TTC et la version utilitaire (2 places, sans banquette arrière) au même prix. Avec la version tourisme, la base déductible est plafonnée à 18 300 € : sur 5 ans, elle ne déduit que 3 660 €/an, et la TVA (environ 4 667 €) n'est pas récupérable. Avec la version utilitaire, Hélène amortit la totalité des 23 333 € HT sur 5 ans (soit 4 667 €/an de dotation) et récupère intégralement la TVA de 4 667 €. Résultat : en optant pour l'utilitaire, le coût fiscal net du véhicule est inférieur de plus de 9 700 € sur la durée de vie du bien, un écart considérable pour une TPE.
À la clôture de chaque exercice, l'écriture d'amortissement linéaire est systématiquement la suivante : débit du compte 6811 (dotations aux amortissements) et crédit du compte 28xx correspondant au compte d'immobilisation, avec un « 8 » en deuxième position. Par exemple, un véhicule inscrit au compte 2182 pour 25 000 € et amorti sur 5 ans génère une dotation annuelle de 5 000 € : l'écriture sera Débit 6811 pour 5 000 € / Crédit 28182 pour 5 000 €. Après un an, la VNC s'établit à 20 000 €.
En mode dégressif, l'écart entre la dotation dégressive et la dotation linéaire doit être comptabilisé en amortissement dérogatoire : Débit 68725 / Crédit 145. Lorsque l'annuité dégressive repasse sous l'annuité linéaire, la différence est reprise en sens inverse : Débit 145 / Crédit 78725. À la fin du plan, le solde du compte 145 est toujours nul.
Une règle d'or s'impose : ne jamais omettre une dotation. L'article 39 B du CGI est formel : un amortissement non comptabilisé une année est définitivement perdu sur le plan fiscal. Contrairement à une erreur de calcul, une dotation oubliée ne peut pas être rattrapée sur les exercices suivants.
En cas de cession d'un bien professionnel, un amortissement complémentaire prorata temporis doit obligatoirement être constaté entre le début de l'exercice et la date de cession (Débit 681 / Crédit 28xx) avant de sortir le bien du bilan. La plus-value de cession se calcule ainsi : VNC = valeur d'acquisition − amortissements cumulés ; résultat de cession = prix de cession − VNC. Si le bien a été acquis il y a plus de 2 ans, la plus-value se décompose en plus-value à court terme (égale au montant total des amortissements pratiqués, imposée au taux ordinaire) et en plus-value à long terme (différence entre le prix de cession et le prix d'achat, taxée à 15 % à l'IS pour les PME).
Depuis le règlement ANC 2022-06 (applicable aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025), les comptes utilisés pour les sorties d'immobilisations ont changé : l'ancien compte 675 est remplacé par le compte 657 « Valeur comptable des immobilisations cédées » et l'ancien compte 775 est remplacé par le compte 757 « Produits des cessions d'immobilisations ». Ces produits et charges relèvent désormais du résultat d'exploitation (et non plus du résultat exceptionnel). Utiliser les anciens comptes 675/775 pour un exercice ouvert après le 01/01/2025 génère une anomalie dans la liasse fiscale.
À noter : les deux numérotations coexistent en période de transition, mais tout exercice ouvert à compter du 01/01/2025 doit obligatoirement appliquer les nouveaux comptes 657 et 757. Vérifiez auprès de votre expert-comptable que votre logiciel de comptabilité a bien été mis à jour avant d'enregistrer la moindre cession, faute de quoi le coût d'une régularisation a posteriori pourrait alourdir inutilement votre devis d'accompagnement comptable.
Les dotations aux amortissements augmentent vos charges comptables et réduisent donc votre bénéfice imposable, ce qui diminue mécaniquement l'IS ou l'IR à payer. Mais contrairement à un achat de fournitures ou au paiement d'un loyer, cette charge n'entraîne aucune sortie d'argent. L'amortissement améliore ainsi votre Capacité d'Autofinancement (CAF) en vous permettant de constituer une réserve de trésorerie pour renouveler vos équipements le moment venu.
Un plan d'amortissement doit être établi dès l'entrée du bien au patrimoine. Ses trois paramètres — base amortissable, durée probable d'utilisation et méthode retenue — sont fixés une fois pour toutes et ne doivent pas être modifiés en cours de vie du bien, sauf événement exceptionnel comme une cession, une destruction ou un sinistre.
Les petites entreprises bénéficient d'une simplification appréciable : si vous ne dépassez pas deux des trois seuils suivants (total bilan ≤ 4 000 000 €, CA HT ≤ 8 000 000 €, effectif ≤ 50 salariés), vous pouvez appliquer directement les durées d'usage fiscalement admises, sans déterminer la durée réelle d'utilisation de chaque bien. Ces mêmes PME sont également dispensées de comptabiliser les amortissements dérogatoires dans certains cas, ce qui simplifie significativement leurs écritures comptables et supprime le recours aux comptes 68725 et 145 pour les biens amortis en dégressif — un allégement administratif qui réduit le prix de la tenue comptable et le temps passé à la clôture.
Conseil : avant tout investissement significatif, demandez un devis à votre expert-comptable pour chiffrer précisément combien l'amortissement vous fera économiser selon la méthode retenue. Comparer le coût fiscal net en linéaire et en dégressif sur la durée complète du plan permet d'arbitrer en connaissance de cause entre une déduction régulière et une déduction accélérée — un choix qui peut représenter plusieurs milliers d'euros d'écart sur le prix final supporté par votre entreprise.
La maîtrise de l'amortissement comptable d'un bien professionnel est un levier fiscal puissant, mais sa mise en œuvre exige rigueur et précision. Chez Solut' Expert, cabinet d'expertise comptable installé à Beauvais, nous accompagnons les entreprises, artisans, commerçants et professions libérales dans l'élaboration de leurs plans d'amortissement, le choix de la méthode la plus adaptée et la sécurisation de leurs écritures comptables. Que vous prépariez un investissement, souhaitiez un devis pour un accompagnement comptable ou cherchiez à optimiser le coût fiscal de vos équipements, n'hésitez pas à nous solliciter : notre équipe met son expertise à votre service, dans une relation de proximité et de confidentialité.